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MANGEZ DES PATATES !

Découvrez cette histoire étonnante dans notre première brève de Fred :

Ville-Hennebont-culture-des-pommes-de-terre

« Mangez des patates !Traité sur la culture et les usages des pommes de terre, de la patate, et du topinambour. Par M. Parmentier. Publié & imprimé par ordre du Roi.  Parmentier, Antoine Augustin (1737-1813). Auteur du texteLien vers la source de l’image

Plusieurs éléments concourent à imposer la culture de la pomme de terre. 

Le premier est l’action déployée par Parmentier, qui montre avec insistance, dans son livre « Traité sur la culture et les usages des pommes de terre, de la patate et du topinambour », les bénéfices que les populations de la province pourraient tirer de la culture de ce tubercule.

Voici un extrait du livre :

 « Sollicité toujours par le vif désir d’étendre de plus en plus la culture des pommes de terre dans les cantons les plus intéressés à l’adopter, je n’ai pu parcourir la Bretagne sans être affligé, en voyant cette immensité de terrains incultes. Mes efforts ayant été inutiles auprès de ceux qui l’habitent, je ne me suis pas rebuté ; j’ai l’honneur d’écrire aux États assemblés de cette province, et voici comment termine le mémoire qui accompagnoit ma lettre : « Une autre production, non moins intéressante pour la Bretagne, et sur laquelle l’attention de toutes nos provinces paroit s’arrêter avec quelque complaisance, c’est la pomme de terre. Pourriez-vous, Messieurs, être insensibles aux avantages sans nombre que cette plante verseroit dans la Province, confiée à votre administration quand vous apprendrez surtout que la même quantité de terrain qui rapporte au plus trente boisseaux de grains, en donne communément trois cents de ces racines, dans lesquelles le père, la mère, les enfants, le cheval, le bœuf, la vache, le cochon et la volaille, trouveroient une nourriture également substantielle et salutaire ? Déjà la Normandie, pénétrée de cette vérité importante, commence à moins cultiver de sarrasin, et à multiplier davantage les pommes de terre. Quand verrons-nous la Bretagne imiter cet exemple ?

Les Anglois pendant leur séjour à Belle-isle ne l’ont-ils pas acclimatée ? Et M. Blanchet, ce vertueux citoyen, que j’ai désigné l’apôtre des pommes de terre en Bretagne, n’a-t-il point prouvé que le sol de sa patrie y étoit très propre ? Que d’exemples pareils je pourrois citer, pour prouver sans répliques, que les bretons peuvent participer à ce bienfait ! Mais mon espoir se fortifie, en pensant que je parle à des hommes éclairés qui par leur position et leurs lumières sont faits pour avoir une opinion et donner l’impulsion à l’activité générale. »

Fin de l’extrait.

Cette volonté est relayée par celle de l’intendant, comme le signalent les registres de la Communauté de Ville.

Le 18 mai 1779, Mr le Maire signale que « par une lettre du 19 de ce mois, Monseigneur l’intendant annonçois à la Communauté de Ville le désir qu’il avois que la méthode du Sieur parmentier sur la fabrication de pain de pomme de terre fut connu dans la Province ». L’objectif est de réduire l’impact des disettes sur la population « cette nourriture pouvant être d’un grand secours dans les tems de disette et de calamité et qu’il étoit nécessaire d’avoir un certain nombre d’exemplaires pour faire connaître dans la ville que dans les environs une découverte d’un aussy grand secours et à prié la Communauté d’en délibérer ».

La diffusion de cette méthode se fait par le biais de 24 exemplaires achetés par la Communauté :

-un déposé dans ses archives,

-un autre au greffe de la Sénéchaussée mais surtout par la sensibilisation des populations dans les campagnes.

-le nombre de livrets restants est envoyé dans chacune des paroisses qui avoisinent Hennebont, le rôle des curés est donc déterminant, puisqu’il leur est demandé « avec prière aux recteurs d’en faire lecture » « au prosne de la messe », moyen efficace de sensibiliser les ouailles.

Toutefois, il est assez difficile d’appréhender l’impact réel de cette volonté d’imposer la culture de la pomme de terre.

Comment les populations ont-elles réagi ?

Quels bénéfices en ont-elles tirés ?

Les processus de développement de cette culture ont-ils été linéaires ou se sont-ils produits par à-coup ?

Les mentions de « presse purée » dans l’inventaire après décès de Cabellec et Metteste, du 30 mai 1786, et d’un « passe purée » dans celui de du Cosquer daté du 3 juillet de la même année invitent à penser que cette diffusion a été identique à Hennebont, la consommation de pomme de terre gagnant même les milieux aisés.

 

Sources

PARMENTIER  Antoine-Augustin, Traité sur la culture et les usages des pommes de terre, de la patate et du topinambour, à Paris, chez Barois l’Ainé, libraire, quai des Augustins, n°19, 1789, pp 12-14.

Archives Municipales Hennebont : BB25 : Reg. Délib. Com.Ville  (1775-1784)

Archives départementales du Morbihan : archives notariales : liasse B 3088.