Plan de la Ville-Close par Christophe Paul de Robien (avant 1761), reprenant le plan de Tassin de 1638[1]
[1] ROBIEN C.P. (de.), Description historique et topographique de l’ancienne Armorique, Floch, Mayenne, 1974, p. 109, Reprise par GUIGUEN Christophe, les fortifications de la Ville-Close d’Hennebont, étude historique et archéologique de l’enceinte urbaine, Annexes, UHB, 2008, p 8.
Paradoxes de l’histoire, ce sont les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale qui ont fait redécouvrir l’enceinte urbaine d’Hennebont. En effets, seuls la porte Broérec’h et le pan de murailles sur le quai étaient visibles auparavant. Pourtant d’autres parties de l’enceinte ont été détruites, et ce volontairement, c’est le cas du bastion de Lorraine.
Les conséquences des guerres de la ligue
C’est en 1591 que Jérôme d’Arradon, gouverneur de la ville fait bâtir un bastion, probablement à l’emplacement d’une tour détruite pendant les guerres de la ligue (1588-1598). Visible sur le plan ci-dessus [il constitue la pointe sud de l’enceinte urbaine], cet ouvrage constitué de deux flancs en saillie a pour objet de répondre aux progrès de l’artillerie de l’époque et de protéger la Ville-Close de tirs depuis les collines du Mont-Délices ou de la vieille ville. L’ouvrage permet également de contrôler le passage sur la Blavet, de protéger le côté sud-ouest de la ville ainsi que les quais (ceux-ci apparaissent sur le plan entre la barbacane, les fortifications de la porte d’en bas et le bastion, un léger décrochement suggère l’existence d’une cale).
Une fonction qui évolue
Dans la première moitié du XVIIIe siècle, les menaces se faisant plus rares, l’édifice va jouer un rôle plus symbolique : quand des habitants de la rue de la Porte d’En-Bas sont soupçonnés de vouloir s’approprier une portion de courtine proche de l’édifice (27 novembre 1733), les commissaires dépêchés sur place font remontrer que cette « fortification est nécessaire pour tirer le canon et les bouttes lors des processions et cérémonies[1] ». Ainsi, même si sa fonction militaire reste indéniable, « le cavalier ou éperon de Lorraine occupe une place importante dans la vie des Hennebontais : c’est de sa hauteur, servant de terrasse d’artillerie, que l’on tire des salves d’honneur en cas de réjouissances (la naissance heureuse d’un dauphin, une victoire militaire, le couronnement du Roi…). Il ne saurait donc être sacrifié à l’urbanisme bien pensant qui émerge alors[2] ».
Le démantèlement dans la seconde moitié du XVIIIe siècle
Dans une délibération de la Communauté de Ville (ancêtre de la municipalité actuelle), du 22 décembre 1760[3], le Maire, Joseph le Houx, rapporte qu’il a demandé au Duc d’Aiguillon, Intendant du Roi en Bretagne, l’autorisation de faire abattre l’Éperon. L’explication est apportée dans une délibération du 4 janvier 1761, le bastion :
« rétrécit d’ailleurs le passage en cette partie, de façon que les négotiants et les portefais dans le temps des déchargemens des marchandises, sont exposés à des accidens journaliers lors des passages des chevaux et des voitures […] le dit eperon [doit être] démoli en tout ou partie pour les pierres et autres matériaux provenant de ladite démolition etre emploiés à la dite réparation du quai et le reste des même pierres et matériaux à la perfection d’un quai neuf au faubourg dit le bourgneuf[4]. »
[1] Archives Municipales d’Hennebont: BB 14 : Registre de Délibérations de la Communauté de Ville (1731-1734).
[2] GUIGUEN Christophe, op.cit., pp 71-72.
[3] Archives Municipales d’Hennebont: BB 23 : Registre de Délibérations de la Communauté de Ville (1760-1766).
[4] Ibidem, délibération du 24 janvier 1761.
Extrait du cadastre Napoléonien[1]
La comparaison des deux plans ci-dessus nous permet de mieux cerner pourquoi la démolition de l’Éperon représentait un enjeu important pour la Communauté de Ville.
L’anomalie dans la parcellaire, nettement perceptible sur le cadastre Napoléon, montre que la partie sud de l’édifice handicapait la circulation sur le quai, dont la largeur semble d’ailleurs ne pas avoir réellement évolué depuis la réalisation de la carte de Robien. Il s’agit donc bien, ici, d’une volonté de dégager l’espace que l’on juge nécessaire à l’activité commerciale, cet élément est également vrai pour la barbacane et la porte d’en bas situées juste en amont. L’anomalie détectée par Fanny Tournier, montre que le démantèlement de la partie nord du bastion de Lorraine n’étant pas nécessaire, une partie des structures, au moins, a été préservée, échappant à la destruction et permettant sa fossilisation dans le tissu urbain.
Il s’agit donc de faire place nette, de nettoyer les quais de façon à ne pas gêner les rotations des transporteurs et des marchandises, mais surtout de juguler (ou tout au moins d’essayer de la faire), l’effondrement de l’activité commerciale maritime qui s’opère au profit de Lorient.
En mars 2016, un suivi archéologique du chantier d’intervention sur le réseau d’assainissement a permis à la Ville et au Service Régional de l’archéologie de constater la conservation des maçonneries basses du Bastion sur au moins 60 centimètres de haut sous les quais actuels.
[1] Cadastre Napoléonien,3 P 111/6 – Section C de La Ville, feuille unique, échelle 1/2 500, parcelles n° 1-592 [1835], Ancienne cote : 3 P 396 art. 5, Lieu : Hennebont (Morbihan, France),Type de document : plan parcellaire. Disponible à l’adresse : http://recherche.archives.morbihan.fr/archive/resultats/cadastre/n:7?REch_commune=Hennebont&RECH_type[0]=parcellaire&type=cadastre
