L’insertion de la Ville d’Hennebont au XVIIIe siècle dans un réseau d’échanges de dimension européenne a un impact sur les modes de consommations des habitants et sur les habitudes alimentaires.
Malheureusement, les documents en faisant état sont rares et seules les catégories favorisées apparaissent, donnant donc une image très imparfaite et forcément déformée de la réalité.
Une nourriture très variée
Seule une lettre du négociant Allain, du 11 janvier 1787 nous donne un (très bref) aperçu de la variété des produits disponibles à sa table. Écrivant à son cousin « Monsieur July de Vosgraud, en son Hôtel, à Quimperlé », l’auteur lui signale l’envoi d’arbres qu’il lui a commandé, mais aussi de « deux post de moutarde et de cornichon, la moutarde est cette année inférieure à ce qu’elle est ordinairement ».
Plus étonnant, il lui fait part de sa volonté de lui faire « joindre à ces positions quelques flacons de câpres et d’olives dont j’avois entretenu ma chère cousine, pendant son séjour, ici ».
La présence de ces produits s’explique par le fait qu’Allain entretient des relations commerciales avec des négociants marseillais, relations dont nous ne connaissons pas la nature exacte (probablement portant sur le commerce de grains) et qui lui permettent, en plus des produits échangés, de pouvoir disposer de marchandises pour son usage personnel. L’action de partager participe à la diffusion des nouveaux produits et sensibilise de nouvelles personnes aux nouveaux goûts, mais elle permet également à Allain de jouer un rôle important au sein de sa parentèle, en jouant la fonction de fournisseur de nouveaux produits.
Les repas de réception
Deux repas, offerts aux frais de la Communauté de Ville sont consignés dans les registres de délibération, malheureusement, aucune allusion n’est faite aux plats et à leur composition, seuls sont signalées les différentes catégories d’alcool consommées, leur quantité, ainsi que leur prix. Il est possible d’imaginer, que pour les contemporains, un banquet de qualité se manifeste d’abord par la qualité des breuvages proposés, plutôt que par les aliments au fond de l’assiette.
Le premier est évoqué le 29 mars 1755 :
« En la ditte assemblée, Monsieur le Maire a remontré qu’il avait été charger par la communauté de faire préparer à souper pour la réception de Monseigneur le Duc d’Aiguillon, le 4 aout 1755, jour de son arrivée en cette ville et de faire dépense du nécessaire pour la ditte réception, tirer le canon et autres dépenses. En conséquence, Monsieur le Maire chargea les Sieurs Gautier, aubergiste et le Sieur Equerter de faire les achats et préparatifs. Les mémoires de cette dépense n’ont jusqu’icy estre arrestés par l’excès qu’ils contenaient et que la communauté ne peut authorizer, mais la communauté après avoir apostillé les mémoires a estés d’avis d’offrir au Sieur Gautier une somme de 300 lt, Monsieur le Maire a de plus fait fournir des vins de Champagne, Bourgogne, bougis, liqueur, cocarde des jeunes gens pour aller au devant de Monseigneur le Duc d’Aiguillon pare les chevaux delouage fait tirer les canons et payé le canonier pout tout, quoy il a payé suivant le mémoire qu’il a fourni la somme de 120 lt, surquoy il a requis la communauté d’en délibérer. »
Le second est décrit dans une délibération du 1er juillet 1771 :
« La communauté a nommé Mr Villéon avocat et Simon, anciens échevins pour ordonner le repas et a prié Monsieur le Maire d’aller inviter MM Minard, l’un et l’autre lieutenant du Roy du Port-Louis à diner ledit jour et toute la noblesse du canton.
Monsieur le Maire a dit que les commissaires nommés le 4 juin avoient ordonner un diner pour quarante personnes à raison de 8 livres par tête pour vin ordinaire et caffé, qu’il était due à la demoiselle Lépine tenant le « Chapeau Rouge » 320 lt pour cet objet :
- 8 bouteilles de vin de Constance à 6 £ la bouteilles, 48 lt
- 4 bouteilles de vin Malagas à 3 £ 10s la bouteille, 14 lt
- 2 bouteilles de liqueurs à 6 £ la bouteille, 12 lt
- et pour l’artillerie et salaire des canoniers 15 lt », soit, un total 410 lt 20s. »
Une attention particulière est donc accordée à la consommation de vin, choisis pour leurs qualités, ce qui tranche sans doute avec la médiocrité de ceux quotidiennement consommés, mais aussi à leur provenance (on peut également y voir une question de prestige).
Si, dans le premier cas, les crus proviennent essentiellement des provinces orientales du Royaume, Champagne, Bourgogne, le terme bougis est sans doute une déformation de Bougy-Villars, petite région de production au nord du lac de Genève, dans le second, la dimension européenne des produits consommés est manifeste, le vin de Malaga provenant du sud de l’Espagne, celui de Constance probablement du sud du Saint Empire Germanique.
Sources :
- Archives Départementales du Finistère : 105 J262 : correspondance (1787)
- Archives Municipales Hennebont : BB 22 : Reg. Délib. Com.Ville (1755-1759)
- Archives municipales Hennebont : BB 24 : Reg. Délib. Com.Ville (1766-1775)