Un intrigant personnage !
Par Antoine Léon Morel-Fatio, Domaine public.
Parcourir les documents anciens permet de mettre en lumière des personnages oubliés et détonants.
L’un des cas les plus savoureux nous est rapporté le 11 décembre 1769, lors d’une «recherche minière dans la Sénéchaussée d’Hennebont ».
L’initiative est, à l’origine, individuelle et revient à un dénommé Sieur Canon. Son parcours est brièvement retracé dans l’article suivant.
Il est : « originaire de Tournay en Flandre, a passé vingt ans en Angleterre où il s’est marié, a été employé dans les travaux de mine et de charbon de terre […]. Il fournissait du charbon à la Compagnie des Indes et même au Roi à Brest, il est venu s’établir en France ayant quitté l’Angleterre à cause de la religion catholique, ayant des enfants grands pour ne point les marier à des protestants et il s’est établi à Hennebont à cause de la proximité de Lorient pour avoir plus de facilité pour son commerce avec la Compagnie et même son intention en venant à Hennebont était de fabriquer de la bière, mais il n’y a pas sans doute trouvé ce qu’il lui fallait pour cela, en conséquence il paraît avoir abandonné ce dessein.»
Il s’agit sans doute d’ailleurs du même personnage cité par Catherine Guillevic : Théodore Canon,
« déclaré négociant en charbon de terre, [qui] a parmi ses clients des négociants de Paris et de Dieppe, venus à l’occasion des ventes. Il négocie également directement avec la Compagnie. En effet, depuis 1766, le Sieur Droneau, trésorier de la Compagnie, lui doit le prix d’une livraison de charbon de terre et de plomb. Cette dernière, endettée ne le paye plus et quelques temps après sa liquidation, il doit à son tour déposer le bilan en 1773. »
L’étendue de ses découvertes apparaît comme étonnante, son parcours atypique et ses connaissances ne semblent pas pousser ses interlocuteurs à les remettre en cause :
« Des prospections [sont organisées] à 6 endroits différents, quatre devant contenir du charbon, deux du cuivre […]. Les quatre mines de charbon de terre et les deux de cuivre ne sont pas éloignées l’une de l’autre de plus de deux lieues et à deux lieues tout au plus de Lorient et toutes à peu de distance de la rivière d’Hennebont où il peut venir des barques de 150 à 200 tonneaux […] ; Suivant les mêmes signes, le Sieur Canon a dit qu’il devait y avoir une mine de fer aux environ de Baud, une autre près de Josselin et une autre près de Ploermel […]. [une] Mine de cuivre située près du moulin du Bouetiez en la trêve de Saint-Gilles Hennebont à ½ lieue de là, [une ] mine de charbon […] [et] dans un bras de mer séparant Kervignac de Riantec, [une] mine de charbon . »
Personnage sulfureux, escroc notoire, affabulateur ou personne sincère, il ne semble pas que ces découvertes multiples aient soulevé l’intérêt des contemporains et qu’une suite leur ait été donnés.
Sources :
GUILLEVIC Catherine, Lorient et la Compagnie des Indes, L’impact d’une ville nouvelle en Bretagne au XVIIIe siècle,Rennes, PUR, 2015, pp 310-311, reprenant une source issue des Archives Départementales du Morbihan:11 B 119 : Consulat de Vannes, faillite du 4 avril 1773.
Archives Départementales d’Ille et Vilaine : C 1472-1475 : mines de Bretagne 1698-1788.