Dès les débuts du XVIe siècle, les autorités, face à la croissance numérique du nombre de soldats, vont contraindre les habitants à loger les troupes. A Hennebont, la Communauté de Ville (ancêtre de la municipalité) est chargée de trouver des habitants « volontaires » pour les accueillir, principalement pendant les quartiers d’hiver. Le logement est alors à l’origine de relations à la fois étroites et parfois troublées entre les soldats et le reste de la population.
The Vinkhuijzen collection of military uniforms, NYPL
Par Gaston Roulett (1847-1925).
Domaine public
[File:France, 1700-1720. Louis XIV (NYPL b14896507-1235695).jpg Wikimedia Commons]
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L’accueil de régiment n’est donc pas de tout repos et la situation peut dégénérer, échappant à tout contrôle. Ainsi, le 1er octobre 1723, Mr le maire :
« a remontré que les deux compagnies de marine qui sont en garnison en cette ville y font des désordres considérables qu’ils s’en sont comme rendus les maîtres depuis 20 et cinq ans (?), qu’ils y sont, faisant des insultes continuelles aux bourgeois et habitants jusqu’à les maltraiter a criées que pour rien dire, ny leur tre ny leurs biens ne sont point en suretez enfin qu’il n’y a ny ordre ny discipline parmis ces soldats que leurs officiers […] , »
allant, ce qui peut d’ailleurs aussi expliquer le courroux du premier édile, « jusqu’à mesme maltraiter mondit Sr Maire de parolles aigres et préquantes lorsqu’il leur en porte ses plaintes».
Les événements peuvent même déraper assez gravement, puisqu’il est également mentionné que :
« le jour d’hier il est advenu qu’un soldat nommé M Joseph de la Compagnie du Sr Druger avoit insulté un artisand dans sa boutique l’avoit beaucoup maltraité et que les voisins ayant appellé le corps de garde pour arrêter ses violences plus ses mains basses en arrivant sur touss qui se rencontre d’habitants donnant de bourrades de fusil, de coup de bastons et deplus avoitet agouche (?) renversa par terre toutes les marchandises de leur ouvrier le blessé et maltraité cause sa famille au lieu d’arrester le désordre comme il estoit de son devoir de telle sorte qu’il y a huit à dix personnes de blesser, que l’insolence de ces soldats est même aller jusqu’à la telle point quindeux s’est mis en débrois ou de frappe ou de tire sur Mr le Procreur du Roy, en cette cour en ly présentant le bout de son fusil dans le ventre. »
Il est donc décidé que le Maire dresse un procès-verbal et fasse « aussy reporter les procès verbaux par les médecins et chirurgiens des blessures et déclarer des habitants qui y ont estez les plus maltraités quil a représenté en l’endroit », la Communauté décidant de tous les envoyer ensuite « à son Altesse Sérénissime, le Comte de Toulouse et à Monseigneur de Maurepas, ministre de la Marine en les suppliant tous humblement d’accorder le changement de ces deux Compagnies de marine avec deux autres ports de Brest ». Aucun élément portant sur les suites données à cette affaire n’a été retrouvé, et nous ne pouvons donc savoir si les plaintes de la Communauté ont été entendues. Dans ces conditions, on comprend que la généralisation progressive du casernement au XVIIIe siècle constitue une rupture car elle va mettre fin à cette longue cohabitation, dissociant le lieu de vie des soldats de celui du reste de la population de plus en plus réticente à les accueillir.
Sources :
PERREON Stéphane, Une évolution inachevée. Les populations urbaines bretonnes et le casernement des soldats au XVIIIe siècle, Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, livre B, 2014, pp 201-221.
Archives Municipales d’Hennebont : BB 13 : Registre de Délibération de la Communauté de Ville (1720-1731).