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La drôle de machine de Madame du Coudray, partie 1

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Madame du Coudray. From Aloïs Delacoux, Biographie des sages-femmes célèbres, anciennes, modernes et contemporaines (Paris: Trinquart, 1834),

Source  

Les XVIIe et XVIIIe siècles sont marqués dans le Royaume de France par un renouvellement profond des idées médicales. 

Pour les autorités, il faut avant tout mieux encadrer les populations par la mise en place de nouvelles politiques sanitaires et de préoccupations hygiénistes. La basse-Bretagne et la subdélégation[1] d’Hennebont nous en fournissent un bon exemple sur fonds d’écarts importants entre villes et campagnes. La volonté des Intendants[2] se manifeste par le souci d’essayer de mieux encadrer les pratiques et la consommation de produits. Leurs représentants locaux, les subdélégués, constituent un rouage essentiel pour relayer les informations ou tenter de faire appliquer les directives. Face aux ravages causés par la mortalité infantile, Louis XV permet à Angélique du Coudray d’enseigner l’art de l’accouchement à travers le Royaume entre 1759 et 1783.

Ici, l’impulsion vient « d’en haut ». Le 24 juillet 1775, le registre des délibérations de la Communauté de Ville d’Hennebont[3] fait état d’une lettre de l’Intendant du 19 du mois, annonçant la venue d’Angélique du Coudray, présentée comme une sage-femme de Paris devant descendre en Bretagne pour y exercer son art. Il est demandé à l’assemblée d’« aviser au moyen de la rendre utile en cette ville et aux environs, en luy fournissant des élèves ». La délibération du 18 septembre suivant apporte plus de précisions quant au déroulé des cours. L’arrivée d’Angélique du Coudray est prévue à Rennes pour la fin du mois et l’ouverture d’un cours d’accouchement est prévue le 15 octobre suivant. Il est proposé «[d’] envoyer les noms, surnoms et âges des sujets que la Communauté se proposerait d’envoyer à ce cours» ; mais la Ville se trouve en difficultés, aucun candidat ne se déclare. S’il est difficile d’estimer l’implication réelle de la Communauté et sa volonté de trouver des volontaires, autant dire qu’elle transparaît peu à travers le compte rendu des délibérations. Il est même décidé, de façon assez habile, d’attendre que «la Dame du Coudraye [donne] un second cours dans les environs, [pour lui envoyer] […] quelqu’un ». Finalement, la situation s’éclaircit le 10 octobre 1775, soit cinq jours avant le début des cours. Une femme « Marguerite Tremerne, femme de Joseph le Meur, perruquier, suivra les cours d’accouchement à Rennes ». Pour « pourvoir à sa subsistance pour qu’elle puisse se trouver à Rennes au plus tard le 20 du présent mois d’octobre et que si celle s’y rendoit après, elle ne serait pas reçue», une somme de 120 lt lui est accordée. La délibération insiste bien, à nouveau, sur le fait que personne d’autre ne s’est présenté. Aucune importance n’est donc accordée aux capacités réelles de Marguerite Tremene, ni aux bénéfices que la ville et la subdélégation peuvent tirer de cette formation. Il s’agit avant tout, pour la Communauté, de recruter une volontaire pour répondre à la demande de l’Intendant.

 

Sources :

Archives Municipales Hennebont : Registres de Délibérations de la  Communauté de Ville : BB 24  (1766-1775), BB 25 (1775-1784)

[1] « Les subdélégués forment un réseau centralisé par l’intendant. Simples correspondants au départ, ils sont devenus de véritables administrateurs recevant ses ordres et envoyant leurs comptes rendus ; ils entretiennent une  correspondance régulière avec son hôtel. Leur répartition sur le territoire provincial ne relève aucunement du hasard ; elle répond d’abord aux besoins de l’intendant […]. [ …] Selon Julien Ricommard, dans la plupart des intendances, créées dans les années 1620, les subdélégués apparaissent de manière pérenne dès les années 1660 […]. […] En 1713, un document nous permet de compter 87 subdélégations bretonnes », in DIDIER Sébastien, Du réseau au maillage administratif, la construction territoriale des subdélégations bretonnes de 1689 à 1789 », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, 121-4, 2014,  81-106.

[2]L’intendance de Bretagne est créée en 1689 par Louis XIV, l’intendant est le relais essentiel de la volonté de la monarchie.

[3] «En Bretagne, la création des municipalités possédant un maire, un corps d’échevin et un personnel s’est faite tardivement et n’a jamais touché toutes les villes bretonnes. En conséquence, les rapports entre le Roi, ses agents et les villes différaient selon que celles-ci avaient ou n’avaient point d’organisation municipale […]. Pour avoir une politique relativement indépendante, les villes devaient détenir les moyens d’étudier les dossiers, de se faire entendre aux Etats, avoir des députés en cours ou au moins de bons protecteurs des finances. », in NIÈRES Claude, Les Villes de Bretagne au XVIIIe siècle, Presses Universitaires de Rennes, 2015, p 425.